Très "chères" molécules anticancéreuses !!!

Publié le par C Bohec

"Certains médicaments présentent une efficacité faible pour un prix très élevé. Une réflexion s'impose." C'est ainsi que commence l'article du Figaro du 9 mars 2011 qui s'est procuré le dernier avis de l'Académie Nationale de Médecine qui vient enfin de se saisir de cette question et présentait les conclusions d'un groupe de travail intitulé pudiquement «Informations sur la prescription des molécules onéreuses en cancérologie»".  

 

Cette question n'est pas nouvelle : Le journal économique les Echos en octobre 2010 publiait un article sur le coût des traitements anticancéreux signalant qu'ils ont représenté l'an passé (2009) un budget de plus de 1 milliard d'euros dans les hôpitaux publics. Les thérapies ciblées représentent désormais 57 % de ce total et sont en augmentation constante. Cet article faisait suite à la parution d'un rapport de l'INCA sur la chimiothérapie en 2010.

Ce rapport montrait que si le nombre de malades traités pour cancer avait augmenté de 12 %  par rapport à 2005 celui des patients traités par chimiothérapie avait lui progressé  de plus de 24%. Le coût annuel de ces médicaments anticancéreux a augmenté de 6.5% entre 2008 et 2009. Pour la deuxième année consécutive, les dépenses des molécules dites de « biothérapies » sont majoritaires et représentent 57% des coûts des molécules anticancéreuses. Pour l'INCa ceci s’explique en particulier par le fait que la chimiothérapie devient un traitement de référence pour de nombreux cancers et par la mise sur le marché de nouvelles molécules.

 

"Quel est le prix acceptable pour prolonger de plusieurs mois la vie d'un malade atteint d'un cancer avec des métastases ?  La question peut sembler d'un cynisme absolue. Selon le Figaro elle est pourtant au centre des réflexions  dans tous les pays industrialisés.

 

Le rapporteur du récent groupe de travail de l'Académie de Médecine  (le Dr Jacques Rouessé cancérologue), remarque : "Nous nous sommes lancés dans ce travail, après qu'une étude européenne ait montré que la France était le pays qui dépensait le plus pour les chimiothérapies anticancéreuses". Pour 100 000 habitants, 5 millions d'euros sont dépensés en chimiothérapie en France, contre 4 millions en Autriche, 3,5 millions en Suisse et un peu moins de 2 millions au Royaume-Uni.

 

C'est également en France que les produits les plus récents sont le plus utilisés. "Des choix s'imposeront à plus ou moins brève échéance de façon impérative. Ils devront s'appuyer sur la mise en regard des gains en termes d'efficacité médicale et des coûts qui leur sont associés et respecter le principe d'égal accès aux soins", poursuit le rapporteur du groupe de travail.  Le rapport de l'Académie relève notamment qu'"entre 2000 et 2007, 38 nouvelles molécules anticancéreuses ont été mises sur le marché dont 11 thérapies ciblées”.

 

Les prix de ces médicaments sont très élevés et leur justification devrait être l'objet de discussions, selon le rapport de l'Académie qui indique qu'"en l'absence d'une rigoureuse évaluation, la prescription de molécules onéreuses occasionnerait un gaspillage qui nuirait à l'ensemble de la collectivité en réduisant les moyens disponibles pour d'autres usages".

 

Il est important de noter que en France les molécules innovantes, qui peuvent être achetées par les établissements de soins  leurs sont remboursées intégralement par l'assurance maladie sous réserve qu'ils respectent un "contrat de bon usage" de ses molécules. A défaut de cette procédure et en raison du coût de ces molécules les  établissements n'auraient pas les moyens de proposer ces nouvelles thérapeutiques aux patients atteints de cancer. Cependant la liste de ces molécules remboursées est limitative et l'enveloppe "fermée".

C'est ce dispositif qu'il convient à tout prix de protéger qui a permis à la France de proposer très tôt du trastuzumab (Herceptin) aux patientes atteints de certaines formes de cancer du sein.

 

Télécharger l'article : "Le coût des molécules contre le cancer explose"

Télécharger le rapport INCa : "Situation de la chimiothérapie en France en 2010"

Télécharger l'article des Echos : "Cancer : les traitements par chimiothérapie en forte progression"

Télécharger l'avis de lAcadémie de médecine "Mise au point sur la prescription des molécules onéreuses en cancérologie" (mise en ligne le 16/03/2011)

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