Prévention du cancer par l'aspirine : buzz ou réalité ?

Publié le par C Bohec

http://download.thelancet.com/flatcontentassets/feature/071210.jpgIl y a un peu plus d’un mois, le professeur Peter Rothwell de l'Université d'Oxford publiait dans la revue The lancet un article faisant état d’une réduction d’un tiers de la mortalité par cancer colorectal grâce à la prise quotidienne de 75 mg d’aspirine.

Dans le même média, il publie cette fois une étude portant sur une plus grande variété de cancers : œsophage, poumons, pancréas…qui fait actuellement le buzz  Il s'agit en fait d'une méta-analyse c'est à dire le regroupement de données venant de plusieurs études antérieures parfois anciennes menées par  d'autres chercheurs.

 Au total, l’étude de Rotwell se fonde sur l’analyse de huit essais cliniques dans lesquels des sujets prenant de l’aspirine tous les jours étaient évalués sur un plan cardiovasculaire (c-à-d que ces patients avaient eu de l'aspirine prescrite à faible doses pour un infarctus par exemple). Ces essais concernaient 25 570 patients parmi lesquels 674 sont décédés d’un cancer.

Globalement, selon cette méta-analyse, chez les malades sous aspirine, la mortalité par tumeur maligne s'est avérée réduite de 21% pendant la durée des études. 

 Les chiffres semblent même stupéfiants. Une amélioration encore plus marquée est observée à cinq ans : moins 34% pour tous les cancers et moins 54% pour les cancers colorectaux. A 20 ans les bénéfices sont toujours présents mais varient grandement selon le type de cancer : 10% pour le cancer de la prostate, 30% pour le cancer du poumon, 40% pour le cancer colorectal et 60% pour les cancers de l'œsophage.

 

Peter Rothwell,  précise aussi qu'ils sont «limités à certains cancers, surtout ceux de type adénocarcinomes». 


Cet effet bénéfique de l’aspirine s’explique sans doute par un mécanisme inhibant la croissance des cellules précancéreuses. L’aspirine joue sur les voies de croissance tumorale et entraine la cellule porteuse d’anomalies à se suicider. Un phénomène baptisé apoptose. (JD Flaysakier cf ci dessous)


Cependant Il convient d'être prudent devant ces méta-analyses qui peuvent recéler des biais méthodologiques : les études montrant l'absence d'effet ont-elles toutes été recensées par exemple ?, les essais retenus  n'étaient pas conduits spécifiquement pour étudier la prévention de l'aspirine dans le cancer mais concus pour évaluer la prévention cardio-vasculaire du médicament, les essais pris en compte étaient-ils méthodologiquement corrects ? etc ...

De plus avant de vous précipiter chez votre pharmacien, il convient d'être bien conscient que l'aspirine n'est pas un médicament anodin et même à faible dose peut entrainer des effets secondaires néfastes : modification de la coagulation, ulcères, allergies etc ...

 

Comme le dit le Dr Flaysakier sur son blog médical : dans son article très bien fait intitulé "Aspirine et cancer : beaucoup d'effervescence et un peu plus de prudence."

 "Il faut donc savoir raison garder et ne pas se précipiter vers sa pharmacie habituelle pour acheter de l’aspirine.

 Cette prise doit se faire uniquement après en avoir discuté avec son médecin pour savoir s’il n’y a pas de contre-indication et, surtout, s’il y a une éventuelle indication et un bénéfice hypothétique à prendre son comprimé quotidien."

 

En conclusion j'irais plus loin :   "Aspirine et cancer : beaucoup d'effervescence et beaucoup  de prudence."


  • Article original :

"Effect of daily aspirin on long-term risk of death due to cancer: analysis of individual patient data from randomised trials"

Prof Peter M Rothwell FMedSc and all 
The Lancet, Early Online Publication, 7 December 2010
doi:10.1016/S0140-6736(10)62110-1

 

 

Publié dans Cancérologie

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BÉNARDEAU hélène 08/12/2010 08:09


Merci beaucoup pour cet article! Cela fait trois jours que je tourne en rond pour faire un billet sur le thème sur Ikigai, mais il me fallait des infos fiables... Voilà qui est fait!!!...