Médicaments dangereux et anticancéreux : Prescrire a raison ou "média tort" ?

Publié le par C Bohec

Nous ne reviendrons sur la polémique actuelle de la pharmacovigilance en France c'est à dire la suveillance des effets non désirés/indésirables ou des accidents thérapeutiques (Médiator) que pour se pencher sur la problématique posée par l'anticancéreux pointé du doigt par la désormais célèbre revue Prescrire dans son article "Vinflunine : un cytotoxique à éviter, pourtant payé au prix fort !" . Enfin,  célèbre pour le grand public car bien connue des médecins comme étant la seule revue médicale française qui ne vit que par ses abonnements donc sans publicité  et totalement indépendante de l'industrie pharmaceutique.

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La vinflunine pose en effet un problème très différent du médiator comme le souligne le Dr Flaysakier sur son blog dans un article à lire absolument.  

La vinflunine est un anticancéreux cytotoxique, commercialisée en deuxième ligne dans certains cancers de la vessie, avancés ou métastasés.

On est là dans une situation complexe où il s'agit de retarder l'évolution de la maladie (étudiée par ce que les scientifiques appellent la "survie sans récidive") et son évolution fatale ("survie globale") tout en préservant au mieux la qualité de vie des patients.

La vinflunine est le seul médicament à avoir été évalué dans le cancer de la vessie métastatique. Comparé à un placebo, il a montré une tendance à prolonger la vie, sans pour autant que cet effet soit statistiquement significatif par contre il y a une augmentation de la survie sans progression . 
 
Comme le souligne JD Flaysakier : Se passer de la vinflunine est possible. Il y a d’autres molécules anticancéreuses qui existent et qui sont déjà utilisées dans les cancers de vessie nouvellement diagnostiqués.
 Mais ces médicaments n’ont jamais été évalués dans ce contexte de traitement de deuxième ligne. C’est donc l’expérience des équipes qui guide le choix de la thérapeutique."
 
Pour le Dr Flaysakier comme pour les médecins en général la qualité de vie doit compter autant que la "quantité de vie" dans la gestion commune patient-médecin de ces phases si difficiles. 
Si la sécurité doit être un objectif permanent, il ne faut pas s’interdire, individuellement et après information la plus complète possible, une certaine prise de risque et en particulier dans le cas d'une maladie cancéreuse.
C'est toute la différence avec un médicament prescrit (hors AMM) pour des demandes d'ammaigrissement comme le médiator ou pour des règles douloureuses comme le nimesulide dont on ne conçoit pas qu'ils puissent entrainer un risque totalement disproportionné avec l'indication pour laquelle ils ont été prescrits (la réalité de ces risques sera certainement précisée dans les semaines qui viennent). 
 

Selon la HAS dans son avis sur la vinflunine en décembre 2009 : "Il (cet anticancéreux ndlr) constitue un traitement de deuxième ligne, d’efficacité modeste ; il n’a pas démontré sa supériorité par rapport aux traitements existants.

 

En fait la revue prescrire ne dit rien d'autre que cela mais pointe surtout le coût quelle juge très élevé pour un service médical rendu modeste

 

  Ma conclusion serait serait donc que Prescrire a raison de poser les vrais bonnes  questions pour cet anticancéreux (est-ce judicieux pour le patient en terme bénéfice  ?, est-ce raisonable dans ces conditions pour la société au vu du coût) et les médias généralistes grand public ont tort de faire l'amagame avec la problématique du médiator


A souligner un résumé d'article à lire en ligne sur prescrire "Cancer et fin de vie : parfois, mieux vaut ne pas traiter pour ne pas nuire" sous titré Savoir ne pas traiter par chimiothérapie cytotoxique est parfois la meilleure solution pour les patients la revue reprends les résultats d'une étude britannique qui a exploité les données concernant les traitements, les effets indésirables et le décès de 600 patients cancéreux traités par anticancéreux cytotoxique, dont le décès était survenu dans les 30 jours suivant la cure de chimiothérapie.

La très grande majorité des patients avaient été traités sans but curatif. sa conclusion pleine de bon sens me direz vous est qu'"En somme, quand un cancer est à un stade avancé, un traitement par chimiothérapie cytotoxique est parfois à l’origine d’effets indésirables graves qui vont altérer la qualité de vie du patient, voire provoquer ou accélérer son décès".

A noter qu'une étude équivalente est en cours en Bretagne-Pays de Loire à l'initiative de l'OMIT (Observatoire des médicaments et des inovations thérapeutiques) = c'est l'étude "palliachim"

 

 

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