Le point sur retombées radioactives et risques de cancer

Publié le par C Bohec

fukushima.jpgDes inquiétudes légitimes pour les liquidateurs et la population japonaise vivant à proximité de Fukushima, des interrogations en France.  

A l'heure où le monde regarde avec inquiétude le drame de FUKUSHIMA,  on ne peut avant toute autre considération, qu'avoir une pensée pour les habitants confrontés à cette succession de drames et particulièrement aux travailleurs/pompiers/ingénieurs  encore présents qui se relayent sur le site de la centrale (des 2 centrales si l'on veut être précis) essayant de  tout en oeuvre pour éviter que la situation ne leur échappe complètement et définitivement.

Ces hommes au coeur de la zone la plus contaminée par les fuites radioactives sont ce que l'on appelle des "liquidateurs" en référence aux civils et militaires qui ont travaillé à sécuriser le site de Tchernobyl et ce même si leurs conditions de travail ne sont pas les mêmes. Ce sont eux qui  reçoivent les doses les plus importantes. 

Le Dr JD Flaysakier explique fort bien les risques encourus dans un article intitulé "Japon : les risques potentiels liés à l'accident nucléaire".

 

Retombées en France (= rayonnements ionisants à faible dose) : quid des cas de cancers ?

 

Pour autant, nombreux sont ceux qui sont inquiets par les retombées potentielles même à des milliers de kilomètres de Fukushima. Il est fort probable que les erreurs de communication (ou plutôt de "non communication") lors de la catastrophe de Tchernobyl des gouvernements et de certains scientifiques ne font qu'entretenir la part d'irrationalité qui semble parfois sommeiller en nous.

Essayons de faire le point sur les risques potentiels de cancer des retombées  radioactives à distance des sites d'émissions (ce que l'on appelle les  rayonnements ionisants à faible dose)*.  

Pour établir un lien entre une exposition à de faibles doses (à des doses inférieures à 100 mSv) et un risque de cancer à long terme il faut s’appuyer sur des études épidémiologiques qui doivent porter sur de grandes populations. Ce fut le cas des études de cohortes qui suivirent la tragédie de Tchernobyl sur la Bélarus, Ukraine et de quatre régions de la Fédération de Russie.

Comme l'explique l'Institut national du  Cancer en s'appuyant sur les résultats de ces études.

- Il en ressort qu'une augmentation des cancers de la thyroïde a été remarquée chez les moins de 18 ans. (à noter que les études de l'INVS en France ne montrent pas d'augmentation significative des cas y compris en Corse)

- Il n'existe pas de données fiables sur l'augmentation des leucémies même si elle est suspectée.

- Il n'y a pas de preuve scientifique d'une augmentation des autres cancers. 

 

Sachant que, selon le directeur de l'ASN les retombées attendues seront entre 1 000 et 10 000 fois inférieures à celles du nuage de Tchernobyl il n'y a donc pas de risques sanitaires à redouter pour la population française.

 

* Attention : il ne s'agit pas ici des conséquences d'expositions massives comme ont pu en vivre les populations d'Hiroshima et de Nagasaki, ou les liquidateurs de Tchernobyl mais bien de faibles doses comme on peut en observer dans des retombées radioactives à distance.

 

Et les comprimés d'iode dans tout cela ?

 

L’iode est un oligo-élément naturel, indispensable au fonctionnement de la thyroïde. Cette glande située à la base du cou, devant la trachée à un rôle important dans la croissance et le développement intellectuel chez les enfants, dans le métabolisme  du corps humain. C'est une "usine" à hormone qui a besoin d'iode pour fonctionner.

On trouve de l'iode dans l'eau et les aliments (le poisson, les laitages, légumes etc ..)

En cas d’accident nucléaire, de l’iode radioactif  peut être rejeté dans l’environnement (Iode 131). Respiré ou avalé, l’iode radioactif se fixe sur la glande thyroïde et peut ainsi augmenter le risque de cancer de cet organe, surtout chez les enfants.

L'objectif des comprimés d'iode stable est de "saturer" la thyroîde et ainsi empêcher  l’iode radioactif de s’y concentrer : toute la place est prise. L'excès d'iode est éliminé par les urines. Les comprimés sont efficaces 24h

L'iode radioactif (Iode 131),  a une durée de vie très courte : sa concentration va donc diminuer rapidement à mesure que le nuage voyage..

Il n'est donc d'aucune utilité et même contre-indiqué, en l'absence de consignes des autorités,de prendre de l'iode stable. 

 

Quelques repères sur les unités de mesures

 

La radioprotection est basée sur un certain nombre d'unités de mesure. 

- l’activité émise(nombre de désintégrations par seconde ou Becquerels (Bq)
- la dose(énergie absorbée par kg de matière exprimée en Joules/kg ou Gray (Gy) qui est l'unité de mesure en radiothérapie, utilisée pour traiter les cancers

- la dose efficace: qui différencie la dose reçue en fonction des particules émises, de l’organe cible et de la surface touchée, on parle pour les effets chez l’homme de dose efficace, exprimée en Sievert (Sv).

Quelques ordres de grandeur utiles :
Radioactivité naturelle :  2 à 2,5 mSv par an en France ; dans certaines régions granitiques (Massif Central, Bretagne), elle peut atteindre 5 à 7 mSv par an.

Une mammographie : 1 à 4 mSv

Un scanner du thorax : 10-20 mSv 

 Une séance de radiothérapie : 2 Sv en quelques minutes limités à la tumeur (une radiothérapie est faite de plusieurs sessions espacées de 24 h)
En dehors de la radioactivité naturelle et de toute irradiation d’origine médicale, l'union européenne limite l'exposition pour le grand public à 1 mSv/an (corps entier) et à 100 mSv en 5 ans pour les professionnels exposés,   

Sources : Inserm et INCa 

 

Pour se documenter

 

- Radiations ionisantes à faible dose et cancers: site de l'INCa
- Les cancers de la thyroîde en France après Tchernobyl : Rapport sur le site de l'INVS 
- "Japon : les risques potentiels liés à l'accident nucléaire Dr JD Flaysakier
- Japon : point sur les recommandations sanitaires : site du ministère de la santé

- Panaches radioactifs : quels sont les risques attendus pour la France. communiqué du CRIIRAD

 

- Le portail inter-ministériel des risques majeurs  
- L'Agence de Sureté Nucléaire  ASN
- L'Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire :  IRSN  (avec cartographie des capteurs et des résultats des mesures de radioactivité dans l'air : a noter les résultats sont en nanosievert (10 puissance -9) soit 1 million de fois moins qu'un millisievert (10 puissance -3)

-Le site officiel sur les comprimés d'iode

- Site du CRIIRAD

Publié dans Santé Publique

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