Commission Vernant et plan cancer 3 : des propositions convenues ou innovantes, d'autres étonnantes

Publié le par C Bohec

Le Pr Jean Paul Vernant hématologue parisien s'est vu confié  la mission de rédiger des propositions pour un futur plan cancer 2014 - 2019.

Prévu initialement avant les vacances puis mi juillet 2013 le rapport tant attendu est finalement paru le 30 août.

De façon assez étonnante pour une mission annoncée par le Président de la République, ce rapport a en fait été simplement remis sans tambours ni trompettes aux deux ministres de la santé et de la recherche qui avaient signé la lettre de mission. Espérons que seules les actualités politiques internationales (Syrie) et nationales (réforme des retraites) expliquent cette remise somme toute plutôt discrète (simple communiqué de presse).

Comme le précise le document  ce rapport a été établi selon 4 principes :

- La prise en compte de l’évaluation de l’impact des 1er et 2e plans cancer quand cela a été possible et la comparaison avec les autres pays, (NB pour information cette prise en compte est partielle puisque  l'évaluation globale des 2 premiers plans par le Haut Conseil de la Santé Publique n'interviendra à priori qu''à la fin du premier semestre 2014 !!!)
- le souci d’intégration entre la recherche, la prévention et le soin,
- la nécessité d’accélérer le transfert des connaissances et l’innovation vers le soin,
- et enfin la simplification de l’organisation existante avec nous le verrons plus loin des recommandations assez radicales.

Le fil rouge de ce plan est la réduction des inégalités avec des propositions de mise en place indicateurs de mesure et de contrôle de ses inégalités et l'exigence d'une absence de reste à charge pour les patients que ce soit lors des actes de prévention, de dépistage, les soins bien sûr ou l'après cancer.

Plusieurs pistes ont été signalées parmi lesquelles :

- la nécessité de poursuivre une politique de réduction des inégalités de santé

Avec suivi d'indicateurs (mortalité prématurée par cancer, inégalités de survies, sur-risque de mortalité chez les personnes de plus de 75 ans, inégalité de participations aux dépistages, délais de prises en charge, accès aux techniques innovantes, restes à charge).

- améliorer la prévention, en réduisant notamment le tabagisme, l'alcool et la surcharge pondérale,

Développer la prévention primaire et évaluer les actions, suivi des expositions professionnelles et contrôle des risques environementaux. Favoriser la vaccination anti- HPV et contre l'hépatite B. améliorer l'accès au dépistage génétique du cancer. Renforcer les politiques de dépistage sein colon et COL de l'UTERUS (nouveau).(NDLR Ce chapitre est proche de ce qu'avait préconisé le plan cancer 2)

Pour les dépistage des cancers de la prostate : supprimer le remboursement des PSA si pas de signes d'appel, diminuer de 20% les prostatectomies en 5 ans

- Développer la recherche

promouvoir la recherche d'amont et translationnelle, favoriser les collections biologiques, augmenter les inclusions dans les essais et favoriser la recherche en oncogériatrie. Améliorer la qualité des biobanques. (NB certaines recommandation très centrées sur les centres universitaires)

- adapter le système de santé aux évolutions de la prise en charge des malades.

avec des évolutions nécessaires des pratiques (dont l'oncogériatrie, l'évolution des formations et spécialisations chir et l'obligation de participer à une RCP mensuelle ), des métiers (maintien des DESC d'onco, Equivalences possibles pour les spécialistes d'organes) et des équipements (radiothérapie, TEP, IRM ....) création d'un métier d'IDE spécialiste clinicien

Au niveau du parcours de soins (p67): pérénniser le dispositif d'annonce et la remise du PPS, renforcer la structuration et l'évaluation des réunions de concertations pluridisciplnaires (RCP) et les intégrer dans le DPC (développement personnel continu) des médecins (NB les recommandations sur les RCP sont déjà effectives dans de nombreux endroits, il n'est pas fait mention de la reconnaissance ou de l'indemnisation des professionnels)

Créer une consultation de fin de traitement avec l'oncologue de référence, un(e) infirmier(e) coordinateur, psychologue et médecin généraliste. (NDLR : Cette proposition sera certainement très difficile à mettre en place et devra à mon sens faire l'objet d'une étude de faisabilité)

Pour l'articulation établissements et domicile : dispositif territorial pour information et orientation des patients placé sous la responsabilité du 3C et permettant de résoudre les problèmes psychosociaux (NB : c'est le dispositif inverse qui existe en Bretagne et fonctionne parfaitement où le réseau de santé en cancérologie assurant coordination, orientation, soins de support héberge de plus  le 3C chargé de la qualité)

Sécuriser et encadrer la pratique de la chimiothérapie orale (P76)

Un chapitre est consacré aux soins de support dont l'accompagnement psychologique et social en insistant sur les plus démunis.

- simplifier l'organisation pour une meilleure efficacité  selon le professeur Vernant

Renforcement du rôle et des financements de l'Institut National du Cancer

Modification de l'organisation des dépistages (P 127) en en confiant l'évaluation aux cancéropôles

(NDLR : je ne reviendrais pas sur le constat p 121-124 qui a présidé à l'élaboration des recommandations sur les organisations territoriales et qui peut être considéré pour le moins comme partiel)

C'est ainsi que des missions des réseaux territoriaux de cancérologie seraient en partie dévolues aux 3C (cellules de coordinations territoriales) qui seraient limités à 1 par territoire de santé, disparition des  réseaux régionaux de cancérologie dont les missions seraient reprises par des méga- cancéropôles et deviendraient des antennes sous l'autorité des cancéropôles.

Les cancéropôles ne seraient donc plus uniquement centrés sur la recherche mais reprendraient sur leur inter-région les missions assurées au national par l'INCa selon le rapport. (NDLR : l'importance des missions et l'éloignement du terrain seront des écueils majeurs pour éviter leur transformation en "usine à gaz)

Les Pôles régionaux de cancérologie disparaissent.

Cinq axes transversaux ont été identifiés comme prioritaires :

- le rôle central du médecin généraliste,

(P108) Instituer une consultation de prévention permettant au médecin généraliste d'expliquer les dépistages et vaccinations,  remunération de la participation a la consultation de fin de traitement, améliorer les transmissions d'info (n° de tel mobile, donner l'accès aux systèmes d'info hospitaliers (?), adresser les informations concernant les patients par messagerie sécurisée), considérer que sa participation à une RCP valide son Développement Personnel Continu ou DPC

(NDLR : il est à noter que si cette thématique  d'implication forte des médecins généralistes était déjà centrale dans le plan cancer 2 certaines des propositions faites içi sont plutôt novatrices !! )

- une meilleure association du patient,

(p 111) En faisant évoluer leurs modalités d'implication via le renforcement des sites internet des associations, créations de forum de discussions, renforcer la représentation des patients au sein des établissements, développer les programmes d'éducation thérapeutique avec association de patients ressources sur les thématiques  et la conception des programmes, former des patients ressources à la communication. 

- l'organisation des systèmes d'information,

 Organiser des bases de données et faciliter l'accès aux sources déjà existantes, rendre obligatoire la transmission des informations cliniques et anatomopathologiques aux registres des cancers, regrouper au niveau des cancéropôles l'expertise et l'analyse des données et indicateurs, introduire dans le DCC (dossier communiquant de cancérologie) des indicateur permettant la mesure des inégalité sociales ou territoriales de santé (??)

Le DCC  : un seul DCC développé au niveau national et le coupler au DMP. (NDLR nous passerons sur le constat étonnant et même plutôt partial, ce chapitre p117 laisse supposer que la commission n'a pas eu le temps d'approfondir ce thème car il est bien connu que le diable est dans les détails)

- le développement d'une médecine personnalisée

tout en anticipant les dépenses des innovations thérapeutiques

- une meilleure prise en compte de l'impact financier de la maladie et des traitements sur la vie sociale et professionnelle.

- Valoriser

les consultations de mise en place des traitements oraux et de l'éducation thérapeutique, tester de nouvelles modalités de financement des prises en charges ....

En conclusion je dirais que ....

Ce rapport fait des propositions qui doivent servir à alimenter le plan cancer 3. Il est regrettable que la commission n'ait pu s'appuyer sur l'évaluation globale des deux premiers plans cancers prévue en 2014 par le HCSP.

En effet certains constats ne s'appuient pas sur des réalités de terrain frequemment observées et des erreurs ou omissions existent. 

La liste des personnes auditionnées très hospitalo-universitaires, surtout de l'APHP d'ailleurs (Paris) peut en partie l'expliquer : peu de représentants de Centres hospitaliers non universitaires encore moins d'établissements privés,  aucune représentation d'URPS (médecins, pharmaciens, infirmiers etc ...)  aucun des reseaux de santé territoriaux et seuls deux généralistes.

Si certaines propositions n'en sont en fait pas vraiment car déjà mises en place dans bon nombre d'endroits, d'autres  semblent intéressantes, certaines seront, si elles sont retenues difficiles à mettre en place, d'autres encore semblent bien éloignées du quotidien .... Enfin gageons de plus que quelques unes de ces propositions créeront des remous .... 

Nous ne pouvons qu'attendre début 2014 pour connaitre les arbitrages gouvernementaux. Il nous faut maintenant espérer que que la volonté politique de décliner un nouveau plan cancer existe réellement.

En savoir plus

Télécharger le rapport sur le site de l'INCa

Le plan cancer sur le site de l'inca

Publié dans Plan Cancer

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