Bretagne - Cancer du colon et mise en route de la chimiothérapie : des points à conforter et à améliorer

Publié le par C Bohec

Comment se passe la prise en charge des patients atteints de cancer du côlon en Bretagne ? :

- Sont-ils pris en charge dans des délais "corrects" et particulièrement la mise  en route de la chimiothérapie est-elle suffisamment rapide ?,

- trouve-t-on dans son dossier le compte rendu de sa réunion de concertation pluridisciplinaire (ou RCP c'est à dire le staff où le dossier est discuté pour déterminer la meilleur statégie thérapeutique),

- le patient a-t-il bénéficié d'une annonce organisée (dispositif d'annonce),

-Son parcours lui est-il expliqué sous forme d'un  programme personnalisé de - soins ou PPS ?

 

En un mot : Qu'est-ce que nous devrons conforter ou améliorer dans la prise en charge de ces patients ?  question essentielle non ?

 

Toutes ces questions ont émergé  au sein du réseau OncoBretagne, lors de discussions avec le groupe régional évaluation et des cliniciens (vous savez, ceux que j'appelle les "vrais docteurs" et c'est indispensable un vrai docteur : cela permet de se poser les bonnes questions et de rester les pieds sur terre)

 

Pour commencer à répondre à certaines de ces questions, les 7 centres de coordination en Cancérologie (3C), tous membres d'oncobretagne , ont réalisé au second semestre 2011 une étude afin d’évaluer,  dans un premier temps les délais de mise en route du premier traitement adjuvant suivant l’intervention chirurgicale dans le cancer du côlon.

Quelle méthode ? : la plus simple possible !!

La population sélectionnée pour l’étude était porteuse de cancer du côlon stade I à III (donc non métastatique) : Ce choix a été motivé par l’existence de délais de référence argumentés dans la littérature : inférieur à 8 semaines et si possible en 6 semaines ou moins. Elle a été sélectionnée à partir des passages en RCP digestives. Il est donc évident que les patients dont les dossiers ont échappé aux réunions de concertations n'ont pas été inclus. Cependant ils représentent moins de 5 % des cas de cancer digestifs comme l'a montré une étude récente en Bretagne.

Dans un second temps, les centaines de dossiers retenus ont été analysés : recueil  des délais du parcours de soins, y trouve-t-on un compte rendu de RCP ?, a-t-on la notion d'un dispositif d'annonce ou de la remise d'un PPS ? 

 

Une analyse rétrospective des réunions de concertation pluridisciplinaire a ainsi permis d'analyser 418 dossiers de patients entrant dans l'étude.

80 % des patients ont leur chimiothérapie dans les 2 mois après une intervention chirurgicale

Cette étude nous montre que 80% des patients ont leur chimiothérapie dans les 8 semaines suivant leur intervention et 50% dans les 6 semaines.


A l'intérieur du parcours de soin, l'intervalle qui semble le plus impacter les délais est celui entre le passage du dossier en réunion de concertation pluridisciplinaire et l'initiation de la chimiothérapie à l'issue de celle-ci. Ce constat est d'autant plus probant quand il a existé une forte instabilité médicale en particulier en oncologues médicaux.

Avant la prescription de la chimiothérapie, l'attente pour un rendez-vous de consultation spécialisée est sensiblement identique qu'elle soit réalisée avec un spécialiste d'organe ou un oncologue.

Dans 6 territoires de santé sur les 7 bretons, ce n'est pas l'attente des résultats d'anatomopathologie
qui entraîne le plus de retard avant le passage du dossier en RCP.

Les 3C ont choisi d'étudier également le délai entre la consultation préopératoire et l'intervention chirurgicale, afin de mesurer les délais d'obtention d'un passage au bloc opératoire. S'il s'avère qu'une analyse plus précise paraît nécessaire (séparant les modes de prise en charge différents), la moyenne obtenue pour ce délai est en Bretagne est de 13 jours.
Enfin, et pour se conformer aux objectifs opérationnels du Plan Cancer, les 3C ont décidé de vérifier dans les dossiers inclus lors de cette étude la présence de la fiche RCP. Le taux de présence de la fiche (74%) est légèrement supérieur à celui obtenu dans une étude précédente (environ 66%).

Ces résultats régionaux semblent relativement corrects mais il est à noter qu'ils restent hétérogènes selon les territoires de santé et comme on le dit souvent pudiquement, qu'il existe des marges de progression..  

Même s'il y a eu des progrès, il reste encore du travail pour améliorer les propositions de dispositif d'annonce et de remise du PPS


La traçabilité de l'annonce du cancer et de son traitement, de la remise du Programme Personnalisé de Soins ont également été recherchées et s'avèrent clairement perfectibles, avec des taux avoisinant respectivement les 70% et 40%. (Attention il s'agit ici de traçabilité et non de remise effective) 

Tout comme les inclusions dans les essais thérapeutiques !

 

6,7% des dossiers indiquent l'inclusion dans un essai thérapeutique. Si nous sommes donc loin des premières attentes du plan cancer (10%) ce chiffre s'élève doucement.

 

En conclusion : de réels points positifs à conforter mais des points à améliorer.

 

En tout état de cause il appartient à chaque 3C de "décortiquer" avec les cliniciens les résultats et de déterminer avec eux les priorités d'action. Ce type de travail commun devra à terme s'inserer dans le dispositif de Développement Professionnel Continu des médecins concernés.

 

Il est à noter par ailleurs que pour 2013 les membres du réseau OncoBretagne se concentreront sur  ce fameux PPS ou programme personnalisé de soins. Retrailler avec les professionnels mais aussi et surtout dirais-je, avec les principaux intéressés : les patients sur ce que doit être un PPS, améliorer sa remise (et la traçabilité de celle-ci) doit être une priorité régionale.

Cependant il faudra s'attacher à veiller à la simplicité, au pragmatisme et surtout éviter toute surcharge administrative (vous savez... mais si ....  l'usine à gaz ! ) pour les professionnels tout en préservant les objectifs du PPS et c'est une vrai gageure !! : souhaitez nous bonne chance !

  

En savoir plus

 

Télécharger le rapport 

 

Références :

 

- Enquête des délais de mise en route du premier traitement adjuvant chez les femmes opérées d’un cancer du sein invasif, janvier 2011
- Enquête sur l'exhaustivité des passages en RCP des nouveaux cas de cancer en Bretagne, 2009
-Is it deleterious to delay the start of adjuvant chemotherapy in colon cancer stage III?
Å. Berglund, B. Cedermark & B. Glimelius
Annals of Oncology, Volume 19 No. 2 | February 2008, p’400, letters to the editor
« Synthèse : diminution de la survie si le délai entre la chirurgie et l’initiation de la chimiothérapie dépasse
les 8 semaines. »
-Dépistage, prévention et prise en charge des cancers du côlon. Conférence de Consensus : 1998 Jan 29 ; ANAES ;
« Une chimiothérapie adjuvante doit être réalisée au stade III UICC (Dukes C) chaque fois qu’il n’y a pas de contre-indication. Elle doit débuter dès que l’état du patient le permet, en tout cas avant le 35ème jour postopératoire (p7 du texte court)».
- Thésaurus National de Cancérologie Digestive. SNGE 20/07/2011. Chap. 3
« Chimiothérapie post-opératoire par FOLFOX 4 ou XELOX pendant 6 mois et commencée si possible avant le 42e jour post-opératoire (niveau de la recommandation : grade A) ».

 

 

 

Publié dans Epidémiologie

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